Vers une restructuration de la dette d’Etats européens

UN ÉTAT DOIT-IL REMBOURSER SES DETTES ?

Les Européens et le FMI sont d’accord pour prêter près de 85 milliards d’euros à l’Irlande.
Il faut encore en calculer le taux et la durée.
Ils étaient 100 000 manifestants à Dublin pour un pays de 4 millions d’habitants.
« Nous ne voulons pas du FMI qui a créé cette situation ».

L’Union européenne insiste pour que l’Irlande nationalise ses banques,
ce qui n’est pas du goût des Irlandais.

La Commission européenne prévoit encore une hausse des dettes publiques en 2011 :
75,9 % du PIB en Allemagne, 69,7 % en Espagne, 86,8 % en France, 120,2 % en Italie.
Pour boucler leur budget les états empruntent des milliards :
En 2009, la dette souveraine de la France s’élevait à 1 490 milliards d’euros.

Les investisseurs de ces emprunts sont
les fonds de pension, les banques, les compagnies d’assurances et les banques centrales.
Ces emprunts émis par des Etats européens ont été jusqu’à présent des investissements surs, des placements jugés sans risque. Mais aujourd’hui la Grèce et l’Irlande pourraient les premiers ne pas rembourser la totalité de la dette, entraînant la défiance des investisseurs. Conséquence : d’ici 2013 l’Union européenne doit se doter d’un mécanisme de restructuration de la dette. Les investisseurs doivent se faire à l’idée qu’ils peuvent ne pas être intégralement remboursés en cas de crise.
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France 3 Ce soir ou jamais – 02-12-2010
Partie 1 – projets de restructuration de la dette d’Etats européens

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Jean-Robert Pitte (Géographe)
On a effacé un certain nombre de fois la dette africaine :
cela n’a contribué en rien à améliorer le développement économique et éradiquer la misère.

[Se rappeler que si Nicolas Sarkozy avait déclaré au dernier G20:
« Il est capital que le milliard d’habitants en Afrique ait les moyens de se développer ».
le Groupe de la Banque Africaine de développement avait pour sa part révélé en 2007 :
que depuis vingt ans, l’Afrique se démarquait par des taux de croissance exceptionnels
]

Si l’on admet au départ l’idée qu’une dette peut ne pas être remboursée, la confiance disparaît, on quitte l’Europe et on renonce à l’un des avantages que permet la mondialisation, à savoir échanger dans un environnement international sécurisé, où l’emprunteur s’engage à rembourser sa dette.

D’accord pour échelonner la dette, mais pas question d’effacer tout pour repartir à zéro:
peut-on imaginer que les bailleurs de fonds continueront d’avoir confiance ?
C’est parfaitement irréaliste. Nos sociétés doivent s’interdire de dépenser plus que ce que l’impôt peut faire rentrer dans les caisses de l’État.

Ancien président de l’Université Paris-Sorbonne, Jean-Robert Pitte s’est exprimé en faveur d’une sélection des étudiants et pour l’augmentation des frais d’inscription à l’université. Il a fustigé le mouvement anti-CPE en 2006 et tiré de ses critiques un ouvrage remarqué : « Jeunes on vous ment ». Il continue à dénoncer ce qui représente selon lui les grandes arnaques contemporaines et plus particulièrement le réchauffement climatique. Il a dirigé avec Sylvie Brunel et 15 scientifiques climato-sceptiques un « ouvrage rassurant sur notre avenir » : « Le ciel ne va pas nous tomber sur la tête ».

Jacques Delpla (Economiste)
La seule solution consisterait à mettre en œuvre un processus de restructuration de la dette
(vous avez prêté 100 mais vous n’en récupérerez au final que 80).

Nous avons tous signé un contrat qui s’appelle Maastricht, l’Union monétaire.
Dans ce contrat il est explicitement dit qu’il n’y aura jamais plus d’inflation,
et les Allemands sont là pour nous le répéter

Ce qui vient de se passer, c’est que les pays que l’on appelle périphériques
(Grèce, Espagne, Portugal), lorsqu’ils sont entrés dans l’euro, se sont mis à emprunter massivement, ce qu’ils ne pouvaient pas faire auparavant. Il s’est constitué une sorte de bulle de dettes qu’ils n’arrivent plus à rembourser. Par le passé, ces Etats auraient procédé à une dévaluation et une inflation… Aujourd’hui, cela n’est plus possible. On ne va pas saigner à blanc tous ces pays (on a déjà fait cela dans les années 30 : cela n’a pas marché et on a eu le fascisme plus tard).

Il faut mettre en place un mécanisme de restructuration de la dette.

La Grèce est incapable de rembourser sa dette qui s’élève à 150 % du PIB
Les Grecs, parce qu’ils ont eu accès à l’emprunt, ont des coûts salariaux beaucoup trop élevés par rapport à ce qu’ils produisent. Conséquence : les touristes ne viennent plus en Grèce parce que c’est trop cher. Ils vont en Turquie, au Maroc, en Égypte etc.
À l’avenir, il faut que les coûts salariaux baissent en ligne avec leur productivité : les salaires sont montés par l’ascenseur alors que la productivité est montée par l’escalier.

En contrepartie de l’aide extérieure,
ces pays devront s’engager à réduire leurs dépenses et augmenter les impôts

Parmi les investisseurs on trouve les fonds de pension.
Mais derrière les fonds de pension, il y a des retraités…
Les retraités seront également pénalisés. C’est l’argent de tout le monde
Cela ne concerne pas les retraités français, mais essentiellement les retraités hollandais, suisses et anglais. Ils ont investi sur des créances comme l’Irlande, la Grèce, eh bien ils n’en récupéreront pas la totalité… Ils n’auraient pas dû le faire (sic)… Et, à moins d’envoyer l’armée en Grèce…

Il y a une règle capitaliste qui veut que ce soient ceux qui prêtent de l’argent
qui assument leur part de risque.

Jacques Delpla est Conseiller sur le marché des capitaux à BNP-Paribas et membre de la Commission Attali pour la libération de la croissance française. Conseiller du gouvernement russe de 1992 à 1994 (époque Yeltsine), puis conseiller technique à Bercy auprès de quatre ministres des Finances dont Nicolas Sarkozy. En 2007, il a co-écrit avec Charles Wyplosz « La fin des privilèges, Payer pour Réformer », un ouvrage dans lequel il a évalué le coût financier des réformes nécessaires à la France. Publication en mai dernier d’un article très remarqué, « Dette bleue et dettes rouges pour sauver l’euro ». Il propose de diviser juridiquement la dette publique de chaque pays en deux : une dette bleue prioritaire et une dette rouge à rembourser sur plus long terme.

Shan Sa (Romancière française d’origine chinoise)
En Grèce, en Espagne ou au Portugal, il existe une économie parallèle. Cette économie génère de l’argent qui circule entre les mains mais ne rentre pas dans les caisses de l’État.

On peut le constater dans la vie quotidienne: par exemple, lorsque l’on va dans les cafés en Grèce, ils sont très chers mais il y a toujours beaucoup de monde.
Ne devrait-on pas prendre en compte cette économie parallèle au lieu de la condamner, pour pouvoir l’intégrer plutôt que de contribuer à son évasion vers des paradis fiscaux et s’évaporer avec le blanchiment ?

Shan Sa quitte la Chine après l’événement de Tian An Men et s’installe en France en 1990. Elle a été secrétaire du peintre Balthus. Elle a reçu le Prix Goncourt du Premier Roman et le Prix Littéraire de la Vocation avec « Porte de la paix céleste » et le Prix Goncourt des lycéens avec « La Joueuse de go », gros succès en librairie. Elle vient de publier « La Cithare nue ».

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