Politicus circus : par delà la théorie du complot

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Qui sont les puissants qui manipulent nos dirigeants?
Par L’Express, publié le 01/02/2012

Voir également la vidéo France Inter – Christophe Dubois : « Circus Politicus »

Des coulisses des Conseils européens aux secrets des transactions bancaires, Circus politicus, de Christophe Deloire et Christophe Dubois, explore ces « pouvoirs » à l’écart de la lumière. Résumé des extraits publiés par l’Express.

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Les discrètes notes « Antici »

A chaque Conseil, les dirigeants consacrent près d’une demi-journée
à rédiger le communiqué final.

A l’extérieur de la salle de réunion on assiste à un étrange ballet digne des coulisses d’un théâtre. Des hommes et des femmes prennent des notes. Ils se basent sur les propos retranscrits par un « débriefer » du secrétariat général du Conseil, installé dans la salle. Ce ne sont pas des journalistes, mais des diplomates. Personne d’autre n’est autorisé à retranscrire les débats par écrit. Ils ont un nom : les conseillers « Antici ». Ils sont les seuls à pouvoir porter un badge « rouge A » – avec les représentants permanents des Etats membres auprès de l’Union européenne – qui leur permet d’accéder à la salle du Conseil.

Il y a un conseiller Antici par pays, en général un diplomate de la représentation permanente, l’équivalent de l’ambassade à Bruxelles auprès de l’Union européenne. Un délégué italien, Paolo Antici, a utilisé le procédé en 1975 et laissé son nom. Ces notes dactylographiées sont diffusées sur du papier blanc sans en-tête – ni République française, ni Union européenne, ni aucun autre logo n’apparaît -, anonymes comme les « blancs » des services secrets. Les notes Antici ont beau n’avoir aucun caractère officiel, elles contiennent la recension quasi parfaite des conversations des dirigeants européens lors de leurs réunions au sommet.

Jamais aucun citoyen européen n’a assisté à ces discussions, jamais une télévision ne les a filmées, sauf cinq minutes au début, quand personne ne se dit rien. Jamais ces notes ne sont sorties du cercle des initiés. Grâce à elles, un coin du voile peut aujourd’hui être levé sur ce Circus assez exotique.

Le vrai pouvoir des banques

Le poids des marchés ? Claude Guéant ne conteste pas que le rapport de force est permanent : « Il faut vivre avec la pression des marchés financiers et prendre en compte les agences de notation. Faut-il davantage contrôler ces dernières ? Lors d’un G 20, il avait été question de créer une agence européenne. »

Un an plus tard, Sarkozy prononcera un second discours de Toulon pour défendre son bilan. Mais le chef de l’Etat ne dirige plus grand-chose. La régulation des banques est maintenant à l’initiative du comité de Bâle. Etabli en 1974 par les gouverneurs des banques centrales de 10 pays, élargi depuis à près de 30 pays au total, le comité ne rédige jamais des textes ayant force de loi mais, en matière de réglementation des banques, son pouvoir dépasse celui de la France. Le comité, qui dispose d’un secrétariat avec 17 employés, se réunit sous l’égide de la Banque des règlements internationaux (à Bâle), dont le président actuel est Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France.

Tout part d’une cuisine de gouverneurs indépendants
pour arriver dans notre assiette législative

En près de quarante ans d’existence, le comité de Bâle a entériné trois grands accords entre les gouverneurs des banques centrales, dont les noms sont faciles à retenir : Bâle I, Bâle II et Bâle III. Bâle I fixait un ratio de fonds propres minimum pour les banques. Bâle II fixait de nouvelles normes pour conjurer le risque de crédit, qui dépend de la qualité des emprunteurs. Bâle III, publié en décembre 2010, entreprend de juguler la crise en fournissant une nouvelle définition des fonds propres et en mettant en place un ratio de liquidité et un ratio d’effet de levier. Bâle III s’inscrit dans une vision anglo-saxonne, plus libérale, plus insistante sur le montant des fonds propres, que notre vision plus réglementaire.

La procédure est la suivante : le comité de Bâle propose, le G 20 donne une impulsion politique, l’Union européenne adopte une directive, cette directive est transposée en droit national.

L’énigmatique conférence de Bilderberg

Sur le site Internet de la conférence de Bilderberg, le mot est souligné, comme s’il s’agissait d’un avertissement à ceux qui oublieraient la consigne : les discussions se déroulent off-the-record (sic). Huis clos total. Aucun compte rendu. Cette règle du silence public aurait pour objectif d' »aider une meilleure compréhension des forces complexes […] qui affectent les nations occidentales dans la période difficile de l’après-guerre ».

Bilderberg n’est pas un organe de décision ni de concertation, il n’y a donc pas lieu de publier une position commune : la lecture des archives de Bilderberg entreposées à La Haye (Pays-Bas) démontre pourtant que les membres de cette classe dirigeante invisible sont parfois passés au vote.

Les méthodes d’influence de l’Amérique

La scène a pour cadre l’imposante ambassade des Etats-Unis à Paris, un bâtiment de style classique, sous haute surveillance, située en face de la place de la Concorde, à deux pas du Crillon et des jardins de l’Elysée. En plein coeur de Paris, le symbole de la puissance américaine. Là sont reçus les candidats ou les invités d’un programme très spécial, l’IVLP, International Visitor Leadership Program [IVs’ – les initiales d’International Visitors’]. Il s’agit de jeunes gens à très haut potentiel repérés par les services de l’ambassade, et que le gouvernement américain invite pour un périple aux Etats-Unis afin de les sensibiliser à la cause du pays, sous couvert d’un séjour d’études.

[…] Les Américains ont toutefois l’intelligence de ne pas transformer ces échanges en lavages de cerveaux évidents : « Il ne s’agit pas de propagande, raconte un autre participant, qui a sillonné la côte Est et la côte Ouest au cours de l’été 2011. Chacun est libre de se faire une opinion, mais on revient en général conquis. »

Le « Swiftgate » ou l’atteinte à la vie privée

Pour le grand public, le mot ne signifie rien. Il est pourtant au coeur d’un débat essentiel sur le plan démocratique. Au nom de la lutte contre le terrorisme, les services américains – le FBI, la CIA… – ont eu accès pendant des années à l’ensemble des transactions bancaires mondiales, notamment françaises. Un accès à des données de masse contenant d’éventuels suspects, mais aussi et surtout des citoyens normaux.

Swift est le nom d’une société, la Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication, dont le siège social se situe en Belgique. Son activité est gigantesque : elle traite chaque année plus de 2 milliards de messages sur des transactions financières. Ses clients : 8 000 sociétés (notamment des banques) dans 200 pays.

(…) Après les attentats du 11 septembre 2001, les services américains se mobilisent pour lutter contre les cellules d’Al-Qaeda. Une traque mondiale… Mais aussi mise sous surveillance financière de la planète. L’US Department of Homeland Security (DHS), le ministère de l’Intérieur américain, a sous la main un formidable outil : les fichiers Swift. Dans le cadre de la lutte antiterroriste, le Département de la sécurité intérieure demande à Swift de lui transmettre tous les mois une série de messages du serveur.

L’objectif : retrouver des personnes recherchées, identifier des transactions suspectes, faire des liens entre terroristes présumés… A priori, rien de condamnable. Sauf que ce programme, baptisé Terrorist Finance Tracking Program (Programme de traque de financement du terrorisme), TFTP en abrégé, est « classifié », c’est-à-dire secret, totalement clandestin. Durée de conservation des données ? Conditions d’utilisation ? En l’absence d’existence légale de l’opération Swift, les citoyens ne peuvent pas poser de questions sur ce système secret.

Pendant cinq ans, les services américains mènent clandestinement cette guerre financière. La consultation des données se fait sur la base de « sommations administratives » secrètes adressées par le département du Trésor américain à la section américaine de Swift. La société belge, qui, par nature, est au courant, a l’obligation absolue de ne rien révéler de cette opération. Les services secrets américains mettent-ils dans la confidence les services « amis » ? En Belgique, non. En France, aucune certitude. Mais un organisme de contrôle des services de renseignement belges, le comité R, prétend que les banques centrales du G 10 avaient été informées dès février 2002 de l’opération, ainsi que la Banque centrale européenne (BCE). Aucune de ces vénérables institutions n’a élevé la moindre objection : officiellement, au nom du respect du « secret professionnel ».

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Christophe Deloire et Christophe Dubois « Les islamistes sont déjà là » (2004)
Vidéo : Emission de Thierry Ardisson
Attitude réprobatrice de « l’humoriste » SMAIN et de l’écrivain-réalisateur Yann MOIX…

Christophe Deloire et Christophe Dubois « Sexus politicus » (2006)
Impressions de Nicolas Domenach et Eric Zemmour (en toute fin de la vidéo)
Ca se dispute 2006

Christophe Deloire et Christophe Dubois « L’Enquête sabotée » (2003)
Comment l’assassin présumé du préfet Erignac a-t-il pu s’échapper ?

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