Syrie: les insurgés bénéficieraient-ils d’une aide extérieure?

Un engin explosif improvisé (IED) de type pénétrateur formé par explosion (EFP) a été retrouvé en Syrie. Un groupe d’insurgés a revendiqué l’attaque visant un convoi de troupes de l’armée régulière.

Les insurgés pourraient bénéficier d’une formation et d’un appui logistique de l’extérieur.
Les EFP ont été largement utilisés contre les véhicules militaires américains en Irak
Les ingénieurs travaillent, d’ailleurs, à trouver la parade contre l’utilisation de ces engins explosifs

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Une vidéo récemment publiée sur Internet (autre que la vidéo ci-dessus) montrant un engin explosif improvisé (IED) en Syrie a suscité beaucoup d’attention. Un groupe de rebelles syriens, appelé Hawks Brigade of the Levant, a revendiqué l’attaque qui visait un car blindé transportant des troupes de l’armée régulière alors qu’il empruntait une route aux abords d’un bastion rebelle dans le gouvernorat d’Idlib. Selon le groupe, L’IED utilisé pour l’attaque était de type pénétrateur formé par explosion (EFP).

Les EFP constituent une menace importante pour les véhicules blindés. L’armée syrienne les utilise elle-même, et de façon très efficace, dans sa campagne contre les groupes rebelles syriens.

Nécessitant des composants simples pour leur fabrication, les EFP peuvent être fabriqués à moindre coût et avec des matériaux facilement disponibles. Les EFP peuvent être fabriqués par des acteurs non étatiques: ils ont été largement utilisés contre les véhicules militaires américains en Irak. Grâce à sa forte concentration de charge explosive, un petit EFP de seulement quelques kilogrammes d’explosif peut causer plus de dommages à un véhicule blindé qu’un traditionnel IED fait avec du matériel beaucoup plus fortement explosif.

A priori, les artificiers rebelles sont donc parfaitement capables de fabriquer des centaines de dispositifs EFP avec la charge explosive nécessaire pour équiper un véhicule piégé. Grâce à leur petite taille, les EFP sont faciles à dissimuler et difficiles à détecter. Ils peuvent également être placés au bord de la route plutôt que d’être enterrés dans la route, comme une mine anti-char.

Les EFP utilisés en Irak, au Liban et dans les territoires palestiniens se sont révélés très efficaces contre les véhicules blindés, y compris les gros chars de combat. Ils sont particulièrement meurtriers contre des véhicules plus légers tels que les transporteurs de troupes blindés, des camions, des jeeps etc.

De nombreux indicateurs de l’aide étrangère peuvent être détectés à partir de l’examen minutieux des engins explosifs improvisés utilisés par une organisation dans ses attaques.

Des décennies avant qu’Al-Qaïda ait ouvert des camps d’entraînement au Pakistan et en Afghanistan, les camps de la vallée de la Bekaa au Liban, de la République démocratique populaire du Yémen, de la Libye et de l’Irak accueillaient des militants venus du monde entier, et les techniques spécifiques de fabrication de bombes pratiquées dans les diverses zones pouvaient être enseignées à des artificiers individuels ayant participé, sur place, à des stages collectifs de formation.

Plus tard, l’émergence d’engins explosifs improvisés dans des endroits comme El Salvador et la Colombie a démontré que les artificiers de l’Armée républicaine irlandaise provisoire (IRA provisoire) et de l’organisation armée basque ETA avaient formé une nouvelle génération de militants dans ces pays – fait corroboré par les arrestations de certains des artificiers.

Dans la plupart des attaques djihadistes lancées contre les intérêts américains dans des endroits tels que le Yémen, les techniques spécifiques utilisées par certains artificiers ont apporté la certitude aux enquêteurs qu’ils avaient reçu une formation dans des camps au Pakistan et étaient revenus au pays avec leur savoir-faire, après avoir combattu contre les Soviétiques en Afghanistan . Plus tard, après avoir reçu la formation du Hezbollah, Al-Qaïda a commencé à afficher les caractéristiques de l’influence du Hezbollah dans la fabrication des IED.

L’utilisation d’explosifs comme le Semtex H, par des groupes tels que l’IRA et le Front populaire de Libération de la Palestine-Commandement général a également démontré un lien distinct logistique entre les États commanditaires du terrorisme comme la Libye et leurs hommes de main. Sous le régime Kadhafi, les Libyens étaient même connus pour avoir utilisé la valise diplomatique pour remettre du Semtex à leurs ambassades dans des endroits comme Londres, où les explosifs ont ensuite été remis aux hommes de main pour une utilisation dans des attaques.

Beaucoup plus récemment, on a pu constater des progrès rapides dans les engins explosifs improvisés utilisés par le groupe nigérian Boko Haram. Lorsqu’en l’espace de six mois, les IED du groupe sont passé de petits engins rudimentaires à de grosses voitures piégées, il était devenu évident que les artificiers du groupe avaient reçu une formation exterieure.

Dans une autre affaire récente, les voitures piégées suicide de faible puissance utilisées par Al-Qaïda au Maghreb islamique ont démontré que les dirigeants du groupe dans le nord de l’Algérie ont réellement le désir d’attaquer et disposent d’effectifs importants de volontaires pour le suicide, mais ils ont beaucoup de difficultés à se procurer des matières explosives pour obtenir des voitures piégées efficaces. Cette information permet aux experts d’évaluer le type de menace qu’un tel groupe pose.

Ce qui nous ramène aux EPF, largement utilisés par les chiites en Irak. Les chiites ont reçu des cargaisons de cuivre de la Force Al-Qods de l’Iran, pour leurs dispositifs improvisés EFP. L’émergence d’EPF en Irak a été un indicateur fort du soutien de l’Iran pour les milices chiites en Irak.

Bien que la Syrie partage une frontière avec l’Irak, on ne saurait en conclure que la technologie EPF a simplement débordé la frontière. Certes, le principe de EPF est assez simple, mais les EPF en Irak ont été largement utilisés par des militants chiites, qui sont alignés avec l’Iran et, par extension, le régime syrien. Il est peu vraisemblable que la Force Al-Qods ait fourni des cargaisons de cuivre pour les dispositifs improvisés EPF destinés aux sunnites de Syrie ou à ses hommes de mains irakiens chargés de les acheminer (par contre, il a pu se faire qu’une entreprise chiite qui disposait d’un stock l’ait revendu à un sunnite, qui l’aurait ensuite cédé à des rebelles syriens.)

Il sera important de contrôler combien d’EPF les insurgés syriens vont déployer. S’ils ne s’agit que de quelques dispositifs EFP dans des endroits dispersés, il pourra s’agir de livraisons occasionnelles. Toutefois, si les EPF étaient déployés de manière importante et systématique, ce serait l’indication – mais certainement pas une preuve irréfutable que les insurgés syriens s’approvisionnent à l’extérieur.

La précision et l’efficacité avec laquelle ces dispositifs seront utilisés seront également révélatrices du type de formation reçu par les insurgés. Une capacité EPF développée au niveau national impliquera des échecs et des incohérences, les types de problèmes auquels l’artificier se trouve fréquemment confronté tout au long de la courbe d’apprentissage de la fabrication d’explosifs. Ces problèmes de croissance seront absents si les insurgés syriens devaient bénéficier d’une formation et d’appuis logistiques de l’extérieur.

Il y a bien des méthodes pour évaluer le soutien étranger reçu par un groupe armé. Les indicateurs peuvent prendre en compte n’importe quel élément, allant des uniformes et des fusils d’assaut à la présence d’un nombre croissant de missiles anti-chars guidés et de systèmes portatifs de défense aérienne. Mais des indications plus subtiles, telles que la nature des composants des IED et les savoir-faire en matière de fabrication de bombes ne doivent pas être négligées.

[STRATFOR │June 21, 2012]

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Selon le Figaro: la Ligue arabe a demandé à la Russie de cesser de livrer des armes au régime syrien. «Quand vous livrez du matériel militaire, vous aidez à tuer des gens», a accusé le secrétaire général adjoint de l’organisation panarabe, Ahmed Ben Helli, reçu la veille au ministère des Affaires étrangères à Moscou.

Dans le mêmr temps, le Figaro rapporte que, selon le New York Times, des agents de la CIA basés dans le sud de la Turquie aident à acheminer des armes aux insurgés syriens.

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