Opération Mali (MAJ) : sommes nous tenus d’être solidaires de notre classe politique?

{Article initialement publié le 15 janvier 2013]

Mise à jour le 17 mars 2014
Voir en fin d’article, la vidéo et le document sur la mine d’or Sadiola

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Où sont passées ces armées africaines qui, le 14 juillet 2010, paradaient sur les Champs Elysées
à l’invitation de Nicolas Sarkozy? Au Mali, ce sont les troupes françaises qui combattent.

Coût estimé de l’ingérence au Mali : 400 000 euros, 1,4 million ou 1,7 million d’euros par jour. {Le Point du 14 janvier 2013]

Coût ahurissant, en cette période de sacrifices inflgés à la population française,
cela pour une cause qui n’est pas la nôtre. Devons nous de surcroît, couvrir tous les agissements de nos grosses entreprises dans les pays en développement?

Enfin, sommes nous qualifiés pour jouer les gendarmes quand les droits de l’homme sont entachés par la corruption de certains de nos acteurs économiques, politiques etc.?

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Tariq Ramadan s’exprime sur l’Intervention au Mali
A l’occasion d’un débat organisé par la TV Suisse et diffusé sur TV5 Monde le 22 janvier 2013

[Voici esquissées les principales idées dont on peut lire l’intégralité sur le blog de Tariq Ramadan] :
La France interviendrait au Nord du Mali pour le bien du peuple,
avec cette seule intention de protéger ce pays « ami » du danger des extrémistes désormais alliés des rebelles touaregs.
Le monde observe, et la classe politique française semble unanime sur le principe d’une intervention militaire au Nord du Mali contre les « islamistes », « jihadistes », « extrémistes ».

Troublante absence de données économiques et géostratégiques
dans la présentation politique et médiatique des faits.

La région ne compte pas moins de cinq bassins des plus prometteurs. Le bassin de Touadenni, à la frontière mauritanienne, a déjà révélé l’importance de ses ressources. Il faut y ajouter les bassins du Tamesna et des Iullemeden (frontaliers avec le Niger), le bassin de Nara (proche de Mopti) et le graben de Gao. L’Autorité pour la Recherche Pétrolière (AUREP) confirme le potentiel du sous-sol du nord Mali en matière de ressources minières (essentiellement gaz et pétrole).

Le gouvernement français et les responsables des multinationales du gaz et du pétrole ont toujours, officiellement, relativisé ou minimisé les découvertes en matière de ressources minières dans la région sahélienne entre la Mauritanie, le Mali, le Niger et l’Algérie (on a même parlé de « mirage malien »). Pourtant les données sont bien plus connues et certifiées qu’on ne le laisse entendre et Jean François Arrighi de Casanova, le directeur Afrique du Nord de Total, n’a pas hésité à parler « d’un nouvel Eldorado » avec d’immenses découvertes gazières et pétrolifères.

Le Mali, la Mauritanie, l’Algérie et le Niger sont les premiers concernés et – avec la chute du colonel Kadhafi – les perspectives d’exploitation se sont ouvertes pour les compagnies françaises (au premier chef Total), italiennes (ENI) et algérienne (Sipex, filiale de Sonatrach) qui ont déjà investi plus de 100 millions de dollars (selon les estimations) en études et forages malgré les difficultés dues à l’aridité et à l’insécurité.

On ne dit rien, non plus, de la longue histoire
des alliances de la France avec les gouvernements maliens successifs,

or, dans les coulisses des bouleversements politiques récents, la France n’a eu de cesse d’interférer, de faire pression, d’écarter les acteurs maliens gênants (politiques ou militaires) et de créer des alliances utiles, aux sommets de l’Etat comme sur les terrains tribal, civil et militaire. Amadou Toumani Touré, renversé par un coup d’Etat le 22 mars 2012, a été grandement fragilisé et isolé après la chute du colonel Kadhafi. Il semble avoir payé le prix de sa politique vis-à-vis du Nord et de ses vues quant à l’attribution des futurs marchés d’exploitation pétrolière. Les liens (parfois difficiles) de la France avec l’organisation sécessionniste, « Le Mouvement National de Libération d’Azawad » (MNLA), ne sont un secret pour personne et permettaient d’établir une zone de fracture entre le Sud et le Nord du Mali bien utile à la lumière des visées d’exploitation de richesses minières très prometteuses.

Nul ne songe à nier l’existence de groupuscules extrémistes et radicalisés qui ont une compréhension coupable et inacceptable de l’islam. Il faut les condamner.
On peut néanmoins s’interroger légitimement sur leur infiltration possible.

Les services de renseignements américains, comme européens, ont admis faire usage de l’infiltration en s’appuyant sur des agents instigateurs. Leurs lieux d’installation et leurs méthodes d’opération pourraient bien être encouragés et orientés.
On constate que ces groupes ont des stratégies politiques contradictoires et ont une propension à s’installer aux lieux exacts où les ressources minières sont un enjeu capital. On le savait en Afghanistan (dans une région immensément riche de pétrole, gaz, or, lithium, etc.) et voilà – on ne comprend pas bien pourquoi – que les « fous » extrémistes s’installent dans le Sahel malien pour y appliquer leur « shari’a » inhumaine et si peu islamique. Dans le Sahel désertique !

On le savait avec George W.Bush, on le voit au Mali, on peut faire un usage utile « des terroristes ». Un chef militaire malien nous disait son trouble lors de notre dernière visite : « On a ordre de les exterminer, de les ‘détruire’ (sic), même quand ils sont désarmés. Pas de prisonniers ! On fait tout pour les rendre fous et les radicaliser ».

Plus largement, le Canard Enchaîné révèle que l’allié de la France, le Qatar, aurait signé un accord avec Total – quant aux exploitations du Sahel – et, paradoxalement, soutiendrait financièrement et logistiquement des groupes radicalisés tels que « les insurgés du MNLA (indépendantistes et laïcs), les mouvements Ansar Dine, Aqmi et Mujao (djihad en Afrique de l’Ouest) ». [Lire l’intégralité de l’article de Tariq Ramadan]

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Des villages en ruines: l’envers de l’intervention française au Mali.

Au lendemain du voyage victorieux de François Hollande à Tombouctou,
les trois grandes villes du nord du Mali ont été déclarées libérées des rebelles.
Le désastre a frappé de nombreuses familles, de nombreuses maisons.

Beaucoup en arrivent à se demander si pareille victoire en vaut la peine.
Les gens qui ont souffert sous le joug de groupes terroristes et de trafiquants de drogue, affrontent désormais les souffrances de la guerre.

Ne s’agit-il pas, en fin de compte, de crimes de guerre devant être poursuivis en vertu des Conventions de Genève?

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Mais le Mali, ce sont également des Touaregs.
Voici la vidéo officielle « Aratan N Tinariwen »
réalisée par Tamikrest, groupe de musiciens touaregs de notoriété mondiale.

Tamikrest (mot en tamasheq pour le nœud, la coalition, l’avenir) est un groupe de musiciens issus du peuple des touaregs. Le groupe a été créé en 2006. Ils mélangent la musique traditionnelle africaine avec le pop et le rock occidental et chantent en langue tamaschek. L’auteur principal des chansons est le leader du groupe Ousmane Ag Mossa.

Il n’en demeure pas moins que les Touaregs du Mali sont pourchassés
[voir extrait de vidéo de ARTE sur l’exode des touaregs]

Assimilés aux terroristes par les populations noires,
les « hommes bleus » se réfugient de l’autre côté de la frontière.

Dans le nord-est du Burkina Faso, près de Dori, le camp de Goudebou accueillait déjà de nombreux réfugiés touaregs, conséquence dramatique de la rébellion menée de l’autre côté de la frontière en mars dernier par les groupes islamistes comme Ansar Dine ou le Moujao. Jérôme Bonnard et Quentin Cébe – ARTE GEIE (France, 2013, 52mn).

Depuis l‘intervention de l’armée française au Mali le 11 janvier dernier, leur nombre a fortement augmenté. Quasi quotidiennement, des dizaines de camions transportent des familles entières vers Goudebou.

Ces réfugiés seraient aujourd’hui près de 5 000, à 90 % selon HCR qui administre le camp, d’origine touareg. Aujourd’hui dans leur propre pays, ces maliens « à la peau claire » sont souvent assimilés aux « terroristes » par les populations noires qui ont eu à souffrir des exactions des jihadistes. Certains d’entre eux se disent victimes d’une «chasse aux turbans».

Dans un abri de fortune vit désormais Amidi Ag Habo, le maire d’Intahaka, petit village du Nord du Mali victime de récents pillages…

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MAJ du 17-03-2014

La Mine d’or Sadiola est située au sud-ouest du Mali,
près de la frontière qui sépare le Sénégal du Mali

La mine est située à 500 kilomètres au nord-ouest de la capitale Bamako.
Le Mali, est un pays d’Afrique occidentale sans accès à la mer, entouré de l’Algérie au nord, du Niger à l’est, du Burkina Faso et de la Côte d’Ivoire au sud, de la Guinée au sud-ouest et du Sénégal et de la Mauritanie à l’ouest.
Superficie : 1 240 000 kilomètres² – Population 12 000 000 hb

A la fin des années 80, le gouvernement du Mali entreprit un grand levé géochimique régional, dans le cadre d’un programme d’aide financé par le Fonds européen de développement. Le programme a montré des anomalies importantes d’or, d’arsenic et d’antimoine près des villages de Sadiola et de Dinnguilou.

En 1990, IAMGOLD (producteur aurifère basé à Toronto) obtient les droits d’exploration de la colline de Sadiola et de ses environs.
En 1992, les réserves étaient estimées à 22,3 millions de tonnes de minerai oxydé d’une teneur de 3,3 g Au/t.

IAMGOLD et AngloGold Ashanti (à l’époque, Anglo American) forment une coentreprise afin de construire le site minier. Les actifs aurifères d’Anglo American ont par la suite servi pour créer la plus grande partie d’une entreprise dérivée : AngloGold Ashanti, l’exploitant actuel de la mine d’or Sadiola. IAMGOLD (38 %), AngloGold Ashanti (38 %), gouvernement du Mali (18 %) et Société financière internationale – membre de la Banque mondiale (6 %).

Mali - Morila Mine

Voici un bel exemple de la politique française d’aide au développement, au Mali:
– en août 2006, Bakchich titrait : Bouygues fait grise mine.

Tout commence il y a quelques années quand la Banque Mondiale pousse le Mali – troisième plus grande réserve d’or d’Afrique – à privatiser son industrie aurifère. A Morila (région de Sikasso dans le sud du Mali), la société qui exploite la mine est confiée à deux grandes firmes sud-africaines, Anglogold Ashanti et Randgold Resources, qui se partagent 80% du capital de l’entreprise. L’Etat malien doit quant à lui se contenter des 20% restant, de maigres royalties et de quelques promesses de «développement» de la région.

Satisfaites de cette belle répartition, les multinationales s’empressent de vider le site, inauguré début 2001, de son précieux métal.

Mais, alors que les travaux d’excavation étaient prévus pour durer jusqu’en 2011, les deux tiers des réserves – estimées à 120 tonnes – ont été extraits en seulement… quatre années. Or, les multinationales bénéficient d’exonérations fiscales pendant leurs trois premières années d’activité.

Dans son rapport d’activités de 2006, Randgold Resources’ major indiquait :

Morila Mine – Les activités minières sont sous-traitées à Somadex, qui est une filiale de DTP Terrassement, le bras de l’exploitation minière de l’entreprise de construction française, Bouygues. L’accord de partenariat prévoit le partage des économies qui auront été réalisées par l’entrepreneur sur la base des hypothèses de productivité retenues dans la perspective d’un retour sur investissement.

Alors que Somadex a réussi à maintenir la production en début d’année, vers le milieu de l’année le manque de personnel de maintenance expérimenté a contribué à l’augmentation de pannes de l’usine mobile. Résultat, la production minière a chuté en dessous des prévisions. Des mesures ont été prises par le partenariat pour rétablir la productivité et la situation a commencé à s’améliorer en fin d’année. Somadex s’est également engagé à acheminer une flotte d’équipement minier supplémentaire sur le site, à leurs propres risques, afin de maintenir les niveaux prévisionnels de production

C’est la Somadex, Société Malienne d’Exploitation (sic) filiale de DTP Terrassement(Bouygues)
qui recrute et « gère » la main d’œuvre locale pour le compte des compagnies sud-africaines.

Une « gestion » stakhanoviste et pour le moins musclée, à en croire ceux qui ont travaillé pendant des années à l’ombre des barbelés inviolables de l’usine.
Les griefs abondent : travail douze heures par jour, six jours sur sept ; précarité institutionnalisée ; non-paiement des heures supplémentaires, des congés, des primes de risque ; harcèlement continuel des responsables syndicaux ; surveillance permanente des employés ; vexations en tout genre ; accidents du travail à répétition ; etc.

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La mine d’or de Morila en fin de vie
| Jeuneafrique 18-11-2008
La mine de Morila sera transformée en complexe agricole dès le mois d’avril 2009. Exploité depuis octobre 2000, le principal gisement aurifère du pays s’arrêtera donc après épuisement de sa cinquième carrière. Le traitement des stocks s’étalera toutefois jusqu’en 2013. En huit ans, cette mine aura fourni 5 millions d’onces d’or. 246 milliards de F CFA (492 millions de dollars) de taxes et de droits ont été reversés à l’État. Le projet agro-industriel actuellement à l’étude qui se substituera à l’activité minière devrait réutiliser une partie des équipements déjà présents sur le site.

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Quelques témoignages de la population locale
recueillis dans un article de RFI publié en décembre 2005
:

«Les étrangers ramassent l’or sous nos pieds. Mais ici, c’est pire qu’avant». La misère et le chômage n’ont pas reculé depuis l’ouverture, en juillet 2000, de la mine de Morila, à 280 kilomètres au sud-est de Bamako, dans la région de Sikasso, tout près des frontières du Burkina et de la Côte d’Ivoire.

Les villageois font leurs comptes. «La vie coûte plus cher» : les prix ont monté au voisinage des 84 expatriés et sous la pression de la consommation des 688 employés, inscrits dans les registres de Morila SA, avec des contrats de travail à durée plus ou moins déterminée.

«Il n’y a plus de place pour nos enfants dans les écoles surchargées» par les enfants des travailleurs qui se sont succédé sur le site, ces cinq dernières années.

Pollution des eaux usées chargées de cyanure et d’arsenic,
que la mine déverse dans son champ d’épandage.

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DE LEUR COTE, LES FRANCAIS NE SONT PAS EPARGNES :

Abattoirs bretons : des Maliens musulmans à la chaîne porcine
Collinée, « le petit Mali de Bretagne »
La montée d’un certain communautarisme a provoqué des heurts.
Le Maire socialiste préfère parler de « non-Maliens », plutôt que de « Bretons ».
«Le problème c’est que nous avons voulu une intégration tellement forte qu’on en a oublié les autres, les « non-Maliens » »

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COMMENTAIRES RATGEMINI CENSURES PAR LA PRESSE

FIGARO – Mali: la France ralentit le retrait de ses soldats

Plutôt que de connaître la « feuille de paye » des élus, les Français seraient beaucoup plus intéressés à ce que l’utilisation de leurs impôts au profit des « valeurs de la République » soit diffusée. Au final, le Mali creuse-t-il le gouffre financier de la France, ou (peu vraisemblablement) constitue-t-il une source de revenus providentielle pour les Français (hormis les Maliens de Montreuil et de Navarre) ?
En conclusion, soyons clairs: nous demande-t-on de respecter les « valeurs de la République » ou les « voleurs de la République » ? (subterfuge prémédité ou non).
Une chose est sûre : les décisions viennent d’ailleurs. Le gouvernement Français ne serait plus qu’un nid d’emplois fictifs. Encore des dépenses dont on se passerait bien.

FIGARO – Un militaire français tué au Mali

La liste s’allonge…
Mais que l’on ne nous dise pas qu’ils sont morts pour la France. Ces soldats sont morts pour le Mali. Dans le contingent français, pas un seul représentant du Mali (Français d’origine malienne). Pourquoi ? Peu fiables ?
François Hollande devra s’en expliquer tôt ou tard.

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